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Vraiment amateurs?

30 octobre 2013 - 12:13

On en attend autant d’eux que s’ils étaient en Ligue 1. C’est l’équation complexe qui s’impose aux joueurs et coachs de CFA et CFA2 : le même degré d’exigence que les pros, les contraintes de la « vraie vie » en plus.

«J’avais donné à certains joueurs l’occasion de montrer qu’ils avaient le niveau et l’envie pour jouer en équipe première. Ils continueront à faire leurs gammes en DHR. » Signé Jean-Philippe Séchet, après le petit succès raonnais à Maxéville. Du JPS dans le texte, mettant le doigt sur une question que le spectateur, supporter ou suiveur lambda peut se poser 200 fois par année sportive sans jamais y répondre : que peut-on exiger d’un joueur de CFA ou CFA2 ?

« La même chose que d’un joueur pro ! » , tranche illico l’auteur de la sortie ci-dessus. Et on ne fera transiger ni un Séchet, ni un Farid Touileb, ni un Fabien Tissot sur le sujet. Chacun à leur échelle, et même si le premier a sensiblement autant de joueurs dans la vie active que le dernier a de footballeur vivant de leur sport, et que le second n’en a pas un seul, les championnats de France amateurs, 4e et 5e échelons nationaux, en appellent à des exigences et un professionnalisme quotidiens, dépassant le terrain. « On accepte de jouer dans ces divisions avec ses contraintes » , augure Touileb, dont le club, hiérarchiquement, est pourtant plus proche des sphères régionales que des paillettes professionnelles.

Si un paradoxe existe, il est là. Dans ce constat simple que « l’amateurisme moderne » exige autant que le professionnalisme. Investissement, devoir d’exemplarité, travail, rigueur. Trois entraînements hebdomadaires à Thaon (CFA2), cinq à Raon-l’Etape et Epinal (CFA), voire davantage selon les semaines. Et, bien entendu, des matchs chaque week-end, avec des déplacements s’apparentant au parcours des pros… A quelques détails près : le type de moyen de transport (souvent des minibus, loin de l’avion-car-hôtel), et des ajustements forcés. « On ne part jamais le matin, parce qu’Anthony Cossin sort du boulot à 12 h 15, explique Touileb. De même, les entraînements commencent à 19 h. C’est à la fois le plus tôt et le plus tard qu’on puisse faire. » Bloqués au boulot, les Duminy, Danglades, Poirot, peuvent arriver plus tard, et les travailleurs de nuit, partir plus tôt.

L’entité comme un pare-feu

On pourrait croire, de fait, des Séchet ou Tissot bien mieux lotis à Raon et Epinal que Touileb à Thaon. Pourtant… « On ne gère que le sportif, et croyez-moi, c’est bien assez dur comme ça » , dixit le premier. Qui laisse parler l’ex-professionnel qu’il est. « Les mentalités ont changé. Les jeunes ne prennent plus le temps d’apprendre des anciens. Il leur faudrait tout, tout de suite. Et sans rien avoir prouvé. Mais quel exemple donne-t-on au-dessus ? Aujourd’hui, les clubs pros misent sur des jeunes qui n’ont rien démontré, alors que pour vivre du foot à mon époque, il fallait déjà prouver sa valeur pendant quelques années. »

Le cheval de bataille actuel du technicien raonnais, obligé de précipiter l’arrivée de la relève. Une jeunesse à l’image de sa société. Parfois têtue, susceptible, bornée. Parfois modèle. « Ce qui est sûr, c’est que l’époque où un entraîneur ne parlait à ses joueurs que de tactique et de positionnement est révolue. Là, il faut parler, expliquer, rabâcher, bousculer. Mais ce n’est pas que ce métier qui a changé, c’est pareil pour les enseignants, les cadres. J’ai le même souci avec mes enfants ! Pourtant, même en CFA, nous, joueurs et entraîneurs, sommes des privilégiés. Et c’est bien de s’en rappeler. »

Les coachs oscillent alors entre l’arme et le bouclier. Avec une immuable défense, celle de l’institution. « La vedette, ce sera toujours l’équipe. Et donc le club. » Et Farid Touileb de donner écho à Séchet : « On est tous garants de son identité du club. C’est la reconnaissance du ventre. » Traduction simultanée : se rappeler chaque instant que derrière, il n’y a pas qu’un blason, et un président, mais des bénévoles par dizaines, et des jeunes dont le comportement des joueurs de l’équipe première a valeur de modèle. « Si je dis un truc à mes U11 et qu’on fait l’inverse en première, comment voulez-vous que le message passe » , souligne le coach thaonnais.

Manager, éducateur, psychologue et DRH

Mais le foot « reste un sport collectif fait d’individualités » , dixit Séchet. Aux techniciens de les consolider pour former une équipe. Par effet boule de neige, charge leur revient aussi de résoudre certains problèmes hors-stade. Car les déboires personnels et professionnels, comme des choix sportifs incompris, rejaillissent sur le rendement sportif. Et dès lors, le management commence dans un bureau, que ce soit pour écouter, conseiller, orienter, ou expliquer. « Ma causerie ? Je peux passer plus de temps avec les cinq joueurs sur le banc qu’avec les titulaires, explique Farid Touileb. Et de la même façon, on fera tout pour les aider dans leur vie, car on investit sur le court et moyen terme avec eux. Je suis le plus heureux quand un joueur est embauché ou réussi un examen. Mais il y a un deal. On accepte les problèmes professionnels, familiaux, personnels. Mais quand un joueur passe le portail bleu, on doit renvoyer l’image, l’identité et les valeurs du club. »

C’est aussi « réduire la part d’incertitude » , pour Touileb : se souvenir que la rigueur exigée par les championnats de France amateurs ne s’arrête pas au rectangle vert. Ces « paramètres invisibles » , dixit Tissot, sont un des piliers du haut niveau auquel tout footballeur d’un club de ce rang doit se plier. « C’est pour ça qu’on fait de la prévention, des interventions du doc’sur l’hydratation, la gestion des blessures. Pour ça aussi qu’on se doit d’être au plus près des joueurs, sans pour autant que ça devienne du flicage. En CFA, tu ne peux pas. Et pourtant, si on veut réussir… »

Au moins cette exigence sportive en hausse, conjuguée aux finances de clubs professionnels tendant à exposer davantage le joueur-type de CFA aux yeux des recruteurs, a un effet bénéfique : chasser par nature les « mercenaires », exclus d’eux-mêmes. « Même si des fois, on se trompe » , reconnaît Séchet, « et que la propension de footballeur dépassionnés augmente , regrette Touileb. Mais on a quand même plus de mecs qui voudraient jouer avec une jambe dans le plâtre, que de joueurs qui refuseraient avec un ongle cassé » , s’amuse-t-il, lui qui, s’il s’occupe des « grands » le samedi, revient aux sources le dimanche, à la tête de l’équipe 4, engagée au plus bas échelon départemental. Avec la même ferveur. Car heureusement, la passion l’emporte toujours.

Quel est le point commun entre un gardien de but, et un employé au service chèque monétique d’une banque ? Pour Yacine Naït el Maati, il est simple : l’absence de droit à l’erreur. Cravate au cou ou mains gantées, le jeune homme de 28 ans se doit d’être « concentré en permanence ».

Pas une contrainte. Une double source de motivation. Car le portier, passé d’Epinal à Raon-l’Etape cet été, aime la compétition, les défis. Une ambition qu’il démontre au travail (il prépare un Bachelor bancaire « pour un jour passer cadre et gravir les échelons » ). E t à Raon-l’Etape, où il a signé bien qu’en concurrence avec Romain Lambay. Aucune garantie donc, si ce n’est de prendre le bus tous les samedis, et de devoir se défoncer la semaine pour ne pas y grimper pour rien. Le tout servi avec des aller-retour quotidiens entre Epinal et Raon pour aller s’entraîner. Un investissement qui peut surprendre, puisqu’en plus du reste, Yacine Naït el Maati a une situation professionnelle bien assez stable pour ne pas être dépendant financièrement de sa pratique sportive. Alors, pourquoi ? « Parce que ma passion, c’est la compét’, répond l’intéressé. Je me suis toujours fixé de jouer au plus haut niveau, j’ai besoin de me dépasser. » Il aurait donc bien pu descendre les échelons pour gagner en temps de jeu. « Mais j’aurais peur d’être dans le confort. Si le foot, c’est prendre les résultats à la légère et être tranquille, autant arrêter. Pour le moment, ma situation me permet de faire ce choix. Alors j’y vais, et à fond. »

Depuis plus d’un an, les trois soirs d’entraînement hebdomadaires, Nolan Ventrella et Pierre Jeantet partent un peu avant les autres, mais ne coupent pas leur effort. Et pour cause : les deux hommes travaillent de nuit. « Un boulot physique en plus, mais on est une bonne équipe à l’usine, l’ambiance est vraiment bonne ». Du coup, Pierre Jeantet ne rechigne pas à voir ses journées démarrer le soleil au zénith, et enchaîner entraînement puis travail jusqu’à 5 h du matin. Depuis cet été, c’est même plus intense les lundi et mercredi, puisque le joueur thaonnais de 27 ans, père d’une petite fille dont il s’occupe aussi le mercredi, a pris en charge l’équipe 3 des U11 du club. « Ces jours-là, en plus de la sortie de l’école de la petite le mercredi, je suis au stade de 16 h 30 à 20 h 30, le temps de se doucher et manger vite fait, et on file. Mais faut aller vite ! » Tout dans le timing ! Le garçon se paye du coup quelques journées bien rallongées, comme ce samedi 20 octobre où, sorti du travail à 5 h, il était à 9 h auprès de ses U11, qui jouaient à 10 h, puis prêt à partir à 12 h 30 pour le match de la CFA2 à Pontarlier. Soit 4 heures de sommeil, « plus celles dans le bus. C’est dur parfois, mais j’arrive à tenir, et travailler auprès des jeunes me plaît vraiment. » Pas question donc de les lâcher, ni de tirer une croix définitive sur le CFA2 pour un championnat régional et dominical qui conviendrait, pourtant, mieux à son rythme de vie. « Non, parce que jouer là, c’est une chance. » Et tant que le cerveau veut…

Quand on aspire à quelque chose, il faut le suivre. Même quand il s’agit de professionnalisme. Alors, comme il a procédé pendant ses quatre ans baigné dans le monde professionnel à Boulogne-sur-Mer, Yassin Chadili a gardé une hygiène de vie digne d’un joueur de L2 en débarquant à Epinal et en CFA. « J’ai quand même été surpris. A part, forcément, en terme d’installations, Epinal fonctionne pareil (qu’un club professionnel). La cadence est la même, on s’entraîne tous les jours. Après, dans une structure pro, on est plus dans un cocon, il y a un kiné à temps plein pour s’occuper des blessés, etc... Ici, on doit davantage se responsabiliser, et encore, on a tout le monde à disposition. »

En revanche, cette responsabilisation prend tout son sens quant à « l’entraînement invisible » si cher aux entraîneurs. Ces demi-journées où le joueur, professionnel dans un monde qui ne fait encore que tendre à l’être complètement, doit conserver une hygiène de sportif de haut niveau. « Je surveille mon alimentation, fais toujours une sieste après le repas. Après, on sort, on vit quand même, mais sans excès. » Ça pourrait faire sourire les médisants, et pourtant… « On sollicite notre corps chaque jour, il faut y veiller. De toute façon, dans un championnat où, maintenant, on n’affronte que des joueurs qui s’entraînent autant que nous, où des réserves pros où les footballeurs ne font que ça, si on n’a pas un comportement et une hygiène de professionnels, on se fait punir chaque week-end. »

Source Vosges Matin

Commentaires

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PAROLES DE COACH

"Cette semaine consacre, pour la deuxième fois consécutive, un "carton plein" avec 9 points gagnés sur 9 possibles.

Il faut d'abord mettre à l'honneur l'équipe réserve qui a encore une fois déjoué tous les pronostics en renversant une situation complexe lors d'un déplacement toujours difficile à Saint-Dié en égalisant à la 83' et en marquant le but de la victoire à la 92'! Et le tout avec un grand nombre d'absents! Bravo aux 14 joueurs ainsi qu'à leur Coach et à leur dirigeant.

Et quelle prestation de l'équipe U19, qui malgré l'absence de deux joueurs importants ont remporté une belle victoire face au leader Amnéville. Cette victoirerécompense le travail d'un groupe et de son staff.

Enfin, l'équipe CFA 2 a confirmé sa belle prestation à Sarre-Union par une victoire face à Pagny. Il est toujours difficile de battre cette équipe qui est bien organisée et qui défend toujours très bien. Sur une pelouse difficile il est compliqué de chercher à faire du jeu mais mes garçons ont été récompensés de leur volonté d'attaquer. Il faudra confirmer cette série face à Illzach samedi lors de la remise à jour du calendrier si on veut continuer à embêter les équipes du podium.

Sébastien MEYER, coach SFC