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Cédric SCHRAMM : l'homme derrière la banderolle

13 juin 2018 - 09:20

Dans le séjour de sa maison sarregueminoise, une carte du monde attire d’emblée le regard, criblée de pastilles colorées. Elle est un peu la mémoire de Cédric Schramm et sans doute aussi sa petite fierté. Chaque point est un voyage de l’homme à la fameuse banderole, parfois une aventure.

Cet été, de nouvelles balises vont apparaître sur la carte, côté russe. Le Mosellan a prévu d’assister au Mondial de foot. Il atterrit le 21 juin à 200 km d’Ekaterinbourg et il se débrouillera pour rallier le stade, obtenir un billet et dormir quelque part. Comme d’habitude. En général, il opte pour une auberge de jeunesse, une location ou un hébergement ami. Au fil de ses voyages, le garçon a pu nouer des sympathies.

Depuis les JO de Rio, son histoire a fait le tour de France. En même temps, Cédric Schramm n’a pas ménagé sa peine pour afficher sa banderole « Sarreguemines » au détour de chaque épreuve olympique. Ce qui lui a valu le statut de citoyen d’honneur de la ville qui a bénéficié, grâce à lui, d’une exposition en mondovision.

Avec Bolt et Zidane

Cette marotte l’a cueilli dès son plus jeune âge, en suivant le club du cœur, l’AC Milan à San Siro. L’idée s’est ensuite précisée en fréquentant les stades allemands qui « ont une vraie culture de la banderole ». Et, comme l’objet, le concept a peu à peu évolué. Ce fut d’abord « un petit drapeau, mais il fallait un truc plus voyant ». Ce sera une banderole jaune et bleu, mais « les organisateurs du semi-marathon de Göteborg l’ont jetée à la benne. » Puis la version finale, bleu-blanc-rouge, quatre mètres de large pour un mètre de long, et cette fierté municipale imprimée en lettres capitales.

Comme son propriétaire, la banderole a vu du pays. Bolt qui gagne le 100 m à Pékin, la cérémonie d’ouverture des JO à Rio, le triomphe du Real Madrid à Kiev fin mai… Cédric Schramm, 42 ans, était de toutes ces parties. Et lorsque Zidane est venu embrasser sa famille, en Ukraine, au pied de la banderole, on a applaudi, une fois de plus, son sens inné du placement.

Forcément, cet employé à la gare de triage de Forbach consacre une bonne partie de son budget à ses escapades. Et si un service de sécurité plus obtus lui interdit d’exposer sa ville, il n’en fait pas une maladie. « Je vais souvent assister à des compétitions peu médiatisées où l’on ne parle pas de la banderole », rappelle-t-il. « C’est sûr, je me suis pris au jeu, ça m’amuse, mais mon but premier est toujours le même : voyager, voir du sport et faire du sport. »

Il se défend dans ce domaine. Amateur de foot, Cédric Schramm est d’abord un triathlète et un marathonien accompli, avec un record de quelque 2h30’39”. Mais son esprit joueur et un certain goût pour l’affichage ne le quittent jamais, comme à Boston, l’année suivant les attentats, où Sports Illustrated avait immortalisé sa participation avec la pancarte « Boston Spirit ». Le Sarregueminois conserve précieusement la photo dans ses archives.

Il faut enfin reconnaître un côté pratique à sa banderole. « Cédric n’a pas de téléphone portable depuis longtemps », raconte son père. « Du coup, dès qu’on voyait la banderole à la télé, on savait qu’il était bien arrivé. » Ou la magie d’un bout de tissu qui a popularisé un homme et rassuré ses parents.

Les carnets de route de Cédric Schramm

La première banderole. « Dans sa version bleu-blanc-rouge, c’était en 2015. Je l’ai inaugurée aux Mondiaux d’athlétisme de Pékin, pour la finale du 100 m gagnée par Usain Bolt. J’avais déjà eu pas mal de retours. Quand je pense que, deux mois avant, l’organisation du semi-marathon de Göteborg avait mis ma banderole à la benne. C’était la première, en jaune et bleu, avec le nom du club de triathlon. »

La plus remarquée. « Je pense que c’était à Rio, pour la course en eau libre d’Aurélie Muller à Copacabana. Il y avait des hélicoptères au-dessus de nous, cinquante bateaux autour et les nageuses à côté de nous, qui avions les pieds dans l’eau. L’épreuve féminine de cyclisme a fait parler de nous aussi. La banderole était dans un virage, tout le monde l’a vue. »

La banderole à problèmes. « Le match Bulgarie-France, octobre 2017. J’ai filouté pour aller dans la tribune en face des supporters français, pour que la banderole soit vue. J’étais au milieu des Bulgares, assez chauds, qui se demandaient ce que je faisais là. Matuidi a marqué et j’ai évité d’applaudir, mais après trente minutes, deux types ont appelé un steward pour me dégager. Finalement, j’ai fini le match entouré de deux gars de la sécurité pour me protéger. Avec le recul, ce n’était pas très intelligent de ma part. »

La banderole en Russie. «J’y suis déjà allé et, lors des Mondiaux d’athlétisme, on m’a amené plusieurs fois au poste de police à cause de la banderole. Ils voulaient savoir ce que signifiait l’inscription. Ils craignaient un message politique. »

La banderole rêvée. « En finale du Mondial, en Russie, ce serait pas mal de la voir. Ou qu’un sportif que j’admire la porte un jour, comme Hailé Gebreselassie ou Paula Radcliffe. »

Source : Le Républicain Lorrain

Crédit Photo : Christian JOUGLEUX

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